Biodiversité: au delà de la bonne volonté

Jacqueline de Quattro

Biodiversité: au delà de la bonne volonté

 

(d'après le discours de Jacqueline de Quattro aux Journées de la Biodiversité à Cudrefin, le 12 juin 2010)

 

 

[…] De toutes les crises écologiques, l’érosion de la biodiversité est certainement une des plus préoccupantes. J’en veux pour preuve le rythme de disparition des gènes et des espèces, qui est de cent à mille fois supérieur à leur disparition naturelle.

 

De mémoire d’homme, nous avons saccagé et surexploité d’innombrables paysages. Et cela n’est pas terminé. Regardez ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis avec la marée noire, qui n’en finit pas de détruire le patrimoine du continent américain. D’autres exemples sont là pour nous rappeler les méfaits de la main de l’homme qui, à l’époque, a peut-être cru bien faire, mais dont nous ne mesurons qu’aujourd’hui pleinement les conséquences dommageables :

 

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Les zones humides et les praires sèches ont presque entièrement disparu.

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Les cours d’eau ont été canalisés.

 

Cette situation n’est plus acceptable. Nous sommes à peu près tous d’accord sur le constat. Mais les déclarations d’intentions ne suffisent pas. Nous devons non seulement nous mobiliser, mais chercher à identifier les facteurs responsables de l’érosion de la biodiversité. Car la biodiversité est vitale. Elle est le fondement même de notre existence. Certes, des efforts ont été faits. Mais ils ne suffisent pas. Nous devons tout mettre en œuvre pour franchir une nouvelle étape, soit sortir de l’ère de la destruction pour entrer dans celle de la préservation. Quand je dis « nous », je pense aux décideurs, et en particulier aux politiques.

 

 

[…] Participer, comme vous et moi, au lancement des journées de la biodiversité, c'est reconnaître l'importance de cette thématique et la nécessité de mieux la prendre en compte à l’avenir.

 

 

Depuis le début de l’année, le Service vaudois des forêts, de la faune et de la nature contribue - via son site internet - à faire connaître la diversité du canton en présentant chaque mois une région du pays vaudois, ses paysages, ses habitats, ses espèces, leur diversité génétique, les acteurs en charge de leur gestion et enfin les services rendus par cette biodiversité.

 

 

[…]Le Pays de Vaud attache une grande importance à la conservation de ses paysages, de ses habitats et de leurs espèces. En 2004, le canton a établi un diagnostic de la nature et a défini une série de priorités, dont notamment la conservation des sites de valeur et leur mise en réseau. Aujourd’hui, 4 % environ du territoire du canton revêt une importance nationale pour la protection des biotopes. Un tiers de cette surface est reconnue d’importance internationale. Entre ces sites de valeur particulière, le canton compte également de nombreuses surfaces de compensations écologiques que les agriculteurs s’engagent de plus en plus à mettre en réseau. En forêt, des efforts importants sont consentis par les propriétaires pour accroître la biodiversité. Autant d’exemples qui attestent d’une prise de conscience croissante de la population sur la valeur de la nature. Je m’en réjouis.

 

 

Autre signe de cette bonne volonté : le parc jurassien et le parc Gruyère-Pays d’Enhaut sont candidats au label de parcs naturels régionaux. Le canton n’a pas hésité à se doter d’une loi spécifique pour faciliter leur concrétisation.

 

 

Enfin en 2008, des modifications ont été apportées à la loi cantonale sur la protection de la nature, des monuments et des sites, pour faciliter la mise en place d’un monitoring de la biodiversité.

 

Quant à l’avenir, le canton entend continuer à exploiter la marge de manœuvre dont il dispose pour développer de nouveaux instruments légaux et d’aménagement du territoire, non seulement pour protéger, mais aussi pour restaurer la biodiversité et réserver les surfaces nécessaires à la mise en réseau des biotopes.

 

 

Ces réflexions, le canton - et plus spécifiquement le Département de la sécurité et de l’environnement - les mène dans le cadre d’une stratégie cantonale sur la biodiversité. L’objectif visé est de disposer, d’ici à la fin de l’année 2010, d’une vision sur les cibles à atteindre pour 2020, sur les actions prioritaires à mener et les premiers instruments de mise en œuvre et de suivi. Il est prévu que des journées de débat soient ouvertes à un cercle large d’intéressés durant l’été et l’automne. Les associations telles que la vôtre seront associées à ces discussions, car je suis convaincue du rôle des ONG, et de la complémentarité de leurs actions en regard de celles menées par les pouvoirs publics.

 

 

[…] Enrayer l'érosion de la biodiversité implique un engagement et une mobilisation de tous les acteurs. Si la préservation de la diversité des milieux naturels et des espèces relève d'une tâche permanente de l'Etat, et de mon département en particulier, il n'en reste pas moins que le rôle des associations est vital à de nombreux points de vue.

 

 

Que serait devenue la Grande Cariçaie si les associations ne s’étaient pas mobilisées dans les années 80 pour empêcher la construction de l’autoroute sur les rives marécageuses de la Rive sud ?Les associations ont tout de suite reconnu l’importance de ce hot-spot de la biodiversité et de la nécessité de sa protection. Aujourd’hui, le canton de Vaud assume pleinement son engagement pour la conservation durable de la Grande Cariçaie. La prochaine création d’une association -dont seront membres non seulement les cantons et les communes, mais aussi les ONG gestionnaires de la Rive Sud et autres partenaires - témoigne de cette reconnaissance.

 

 

En matière de biodiversité, les efforts des ONG sont importants, tant pour sensibiliser le public que pour l’inciter à changer son attitude et son comportement envers la nature. Le cri d’alarme des ONG face au constat du recul de la biodiversité a sans aucun doute largement contribué à convaincre la Confédération à mettre en place une stratégie nationale. […]Le canton de Vaud a la chance de disposer de plusieurs centres de sensibilisation à la nature sur son territoire, tous propriété d’associations ou de fondations qui en assument la quasi-totalité des coûts de fonctionnement.

 

[…] Le centre-nature ASPO de La Sauge est aujourd’hui le siège de ces journées de la biodiversité. Il offre la possibilité à tout un chacun de découvrir et de vivre cette biodiversité avec le concours de nombreux scientifiques. J’espère que la fréquentation du public sera à la hauteur de la diversité des espèces de la Rive Sud.

 

 

En 2004, dans son document "La Nature demain", le canton avait envisagé qu’une collaboration durable et organisée entre l'Etat et les milieux associatifs soit mise en place. Je m’engage à ce que cette proposition soit reprise cette année dans les réflexions sur la stratégie cantonale de la biodiversité, plus spécifiquement dans le rôle respectif des acteurs et des compétences qui pourraient leur être déléguées.

 

C’est de la sincérité de nos engagements que dépend la crédibilité de notre discours.

 

Permettez-moi, en guise de conclusion, de vous citer ces quelques phrases tirées du poème d’Emile Gardaz sur les roselières d’Yvonand :

 

« Les petits de l’école ont changé de religion.

 

Hier, le roseau était le héros d’une fable, celui qui "plie mais ne rompt point.

 

Le voici agent écologique, grand nettoyeur des eaux fatiguées. Ses territoires menacés mobilisent les habitants de bonne volonté ».

 

Donnons lui raison!